Carnets photographiques, croquis et
itinéraires sauvages.


Un long week-end ou une simple escapade en soirée, les aventures prennent toutes les formes. Il suffit d’avoir la curiosité de voir quelque chose de nouveau.

Matériel: Field Notes/Nikon FG/Olympus MJUI
Publications: Les Others



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Trek dans les Chilcotin du Sud




Compte-rendu d’aventure dans le parc provincial des montagnes Chilcotin du Sud, en Colombie-Britannique.

100km, 5 000m de dénivelé, des forêts de pins, des lacs alpins, des massifs rocailleux et des montagnes désertiques, de bons moments, des photos et plus encore.

La région se trouve sur le territoire de trois nations : Tsilhqot'in, St'at'imc et Secwepemc. Une grande partie du réseau de sentiers du parc fut établi par les autochtones, qui se déplaçaient à pied et à cheval. Il est donc important de reconnaître que ce voyage a emprunté les terres traditionnelles de ces nations.

Depuis les années 1930, les gens se battent pour empêcher l’exploitation forestière et minière dans les montagnes de Chilcotin du Sud. En 2010, le gouvernement de Colombie-Britannique crée officiellement le parc. Depuis 1970, la nature sauvage de la région a été largement préservée.





Début juin, je reçois un appel d’Alexis Malin et d’Alexis Adrian. Ils préparent un voyage au Yukon, et me demandent si je suis intéressé. La tentation est grande. J’accepte quelques minutes plus tard. Mais le Yukon exigeait deux semaines de quarantaine à l’arrivée. On devait revoir nos plans.
On voulait de la nature sauvage, un endroit reculé, des montagnes à perte de vues. Après quelques recherches, on décide d’aller explorer le parc des Chilcotin du Sud, au nord de Vancouver.

On n’avait qu’une vague idée de ce qui nous attendait. Quelques minutes d’une vidéo de Brice Portolano visionnée il y a 6 ans. Quelques photos sur Reddit, mais rien de plus. Un mois plus tard, nous voilà dans l’avion direction Vancouver.

Après une nuit en auberge sous la chaleur de Vancouver, direction les montagnes de Chilcotin du Sud. Le trajet se fera en 2 jours: Google Maps nous indique 16h de route. Arrêt obligatoire à MEC pour acheter des bombes anti-ours et une boîte anti-ours pour la nourriture.

Juste après Pemberton, nous avons pris la Hurley Forest Service Road et nous nous sommes lancés dans 50 km de route de gravier cahoteuse. Des virages en épingle à cheveux, sans glissières de sécurité et avec le lac Anderson en contrebas. On se rend compte que le parc est très difficile d’accès. Après 2h de route sur ce chemin dangereux, nous arrivons proche d’un barrage au Carpenter Lake et passons la nuit au Mission Dam Recreation site, un petit campement libre d’accès.








Jour 1

Au réveil, nous préparons nos sacs, prêts pour la randonnée. Nous rejoignons le Taylor Creek Trailhead et on laisse notre voiture au bout du chemin. L’aventure commence. Trop excité, on enfile rapidement nos lourds sacs à dos et commençons à marcher. Le sentier est de moins en moins aménagé et au bout de 3,5km, on ne sait plus où aller. On sort notre carte, pour se rendre compte que nous avions pris le mauvais chemin. Faux départ. Alors que nous commencions à rebrousser chemin, un ours noir apparait à environ 20 m de nous. Il s’est enfui rapidement et nous avons pu reprendre notre route. On rejoint finalement le Taylor Creek Trail. Après 15km, on arrive à la Taylor Cabin, vieille cabane de mineur. Dans les années 1900, la région avait plusieurs sites de prospection. Les mineurs empruntaient ces sentiers à la recherche d’or.





























Jour 2

On repart sur le Taylor Creek Trail pendant quelques kms, pour rejoindre le High Trail. Super beau point de vue sur les montagnes à l’Eldorado Pass. Des ruisseaux abrupts s’écoulent entre les montagnes. On aperçoit pour la première fois les zones alpines, avec encore beaucoup de neige. Ensuite, on descend jusqu’au lac Spruce. Après avoir repris nos forces avec quelques barres énergétiques et noix, on emprunte le Mid Grasslands Trail qui nous amène sur le sentier Gun Creek Lower Grasslands. En forêt, on essaye de rester vigilant, s’attendant à voir un grizzly à chaque virage. Les moustiques étaient irritants cette journée-là, étant encore à basse altitude. Nos filets antimoustiques pour la tête étaient grandement appréciés.  Après une longue journée de 20km, on arrive au Hummingbird Lake où nous passons la nuit.

































Jour 3

On continue 5km sur le Gun Creek Trail jusqu’au début du sentier Deer Pass. Une montée de 4km avec beaucoup de dénivelés. La montée est très longue et difficile. On marche en silence, écoutant le bruit de nos pas sur le chemin, notre souffle, le craquement des branches, le vent…
11km plus tard, on arrive en haut du Deer Pass, dans un plateau alpin magnifique. Le temps est un mélange de soleil et de nuages. On monte nos tentes à côté d’un petit lac. Cette zone était totalement exposée aux éléments. On se trouvait à un peu plus de 2000m, entouré dans toutes les directions par des montagnes beiges et désertiques. Après avoir repris nos forces, on décide d’aller monter sur une petite montagne qui surplombe notre campement. Le mont Salomon d’après notre carte. 1h de scrambling mais la vue au sommet vaut le 2km. Une vue imprenable sur toute la chaîne de montagnes aux alentours, et ses nombreuses vallées. Les montagnes de cette région sont très arrondies et colorées dans des tons de brun, de cannelle et de mauve. On s’aperçoit finalement qu’on est encore bien loin du Mont Salomon. N’étant pas sur notre carte, on rebaptise la montagne, le mont Triple A, pour Alexis, Anthony et Alexis. La température est vraiment instable. Durant la soirée, on passe d’un grand soleil, à une fine pluie, à un déluge de grêle, à du tonnerre, et à nouveau un grand soleil… en seulement quelques heures.

Se trouver à des kilomètres de la moindre trace de civilisation est assez stressant par moment. Avant de dormir, je glisse ma tête hors de mon sac de couchage, pour profiter du coucher de soleil.



























Jour 4

Départ pour le Mont Sheba. Le début de la journée est agréable, sous un beau soleil. On marche sur la crête des montagnes. On traverse de vastes étendues presque lunaires. Au bout de quelques kms, le sentier devient de moins en moins visible. On essaye de trouver des traces de pas, mais rapidement on doit seulement se repérer avec notre carte. On voit un petit lac au loin en contrebas de la montagne. Notre campement du soir se trouve proche d’un lac et il n’y en a pas d’autres sur la carte dans les alentours. Le dénivelé de la carte ne correspond pas avec notre position, ni même la direction. Il doit y avoir une erreur. Après de longues réflexions avec les gars, on décide de rejoindre ce lac. Après avoir descendu à travers les buissons, arbres et roches, on arrive enfin au « lac ». Ou plutôt, à l’étang. En effet, une fois sur place, ce qui nous paraissait un grand lac de loin n’est en réalité qu’un minuscule étang. Désespéré, et trop fatigué pour remonter en arrière, on décide de continuer en suivant la carte, et remonter par le flanc d’une autre montagne. Alexis sort le drone pour aller explorer les alentours. Pas de lac. Fatigué, stressé, on essaye de traverser un éboulis pour arriver de l’autre côté de la montagne. Les roches anguleuses s’effritent à chaque pas. On s’aventure sur les cailloux très lentement, pour éviter un glissement de terrain qui nous entraînerait dans le bas de la montagne.

Arrivé en haut, toujours pas de lac. On continue en s’orientant avec notre carte et décidons de rejoindre un ruisseau, en contrebas de l’autre côté de la montagne. L’eau du ruisseau doit bien s’écouler d’un lac. On remonte donc en suivant le ruisseau, et après 2h30 de montée dangereuse, glissante, on trouve miraculeusement le petit lac alpin, à 2360m. Je pousse un cri de joie et de soulagement qui résonne dans toute la montagne.

Exténué, on se jette dans le lac. 10s plus tard, on resurgit hors de cette eau si froide. Un peu traumatisé par les efforts fournis lors de cette journée de seulement 8km, mais heureux d’être ici, perdu dans ces montagnes aux panoramas infinis. On monte le campement et après une petite sieste bien méritée et le diner, on prend le sentier qui nous amène au Mont Sheba (2550+ m) point culminant des South Chilcotin. La montée est difficile, escaladant entre les roches et la neige. On est bien content d’avoir laissé nos gros sacs à dos au campement. Finalement, on arrive à se poser sur un des sommets, offrant une vue spectaculaire sur les montagnes, avec un soleil couchant magnifique. À couper le souffle. Les montagnes s’étendent sur des kilomètres à la ronde. On se sent vraiment loin de notre vie de tous les jours. Complètement déconnecté, dans ce silence difficile à trouver ailleurs.

















































Jour 5

Je rampe hors de ma tente pour prendre un petit déjeuner. Au programme de la journée: 15km pour rejoindre le lac Spruce. On enchaîne les montagnes en marchant sur des crêtes offrant de superbes points de vues. On profite de nos derniers instants au-dessus de la forêt.  Il n’y a pas de sentier. On s’aide de la carte et du GPS qui nous montre notre position sur Trail Forks. On dévale un dernier chemin caillouteux avant de retrouver la forêt. Le sentier Open Hearth traverse une forêt remplie de fleurs sauvages et nous amène au lac. On rejoint enfin le lac Spruce, alors que le tonnerre se fait entendre. Le campement est assez grand et bien aménagé. On est surpris de ne voir personne d’autre. Alexis décide de sortir la canne à pêche, et au bout de seulement 30min, 4 truites arc-en-ciel ont déjà mordu. On est très excité, à l’idée de manger du poisson frais. Le repas lyophilisé attendra. Après avoir nettoyé et vidé les truites, on les fait cuire au feu. Gros festin.
























Jour 6

C’est le jour du retour. Un café et une tasse de gruau plus tard, nous voilà partis pour 25km. On a besoin d’énergie pour la longue journée qui nous attend. Le début est très difficile. On monte pendant 10km pour arriver au Eldorado Pass. Le retour par le sentier du Taylor Creek, que nous avions emprunté le premier jour, est très long et c’est difficile mentalement. Chassé par les moustiques et sous la pluie, et après une semaine en autonomie complète, on retrouve enfin notre voiture.










Alexis Malin 


Alexis Adrian


Ça marque la fin de notre aventure. On repart rapidement en direction de Pemberton, sous un déluge, et avec des éclairs impressionnants.
De retour en ville, on s’empresse d’aller acheter quelques bières et commander beaucoup trop de Macdo.



On a parcouru, sac sur le dos, la nature sauvage et intacte du parc provincial des montagnes Chilcotin du Sud, en Colombie-Britannique. Ce parc offre une incroyable diversité de paysages : des prairies remplies de fleurs sauvages, des lacs limpides, des crêtes et sommets rocheux, des glaciers, des champs de neiges, des vallées boisées, tous reliés par plus de 200 km de sentiers sauvages.

Notre aventure dans les South Chilcotin m'a conduit dans l'un des endroits les plus sauvages que j'ai visités dans ma vie, et ça m'a fait beaucoup de bien. C'est un endroit spécial. Un endroit que j'ai envisagé de ne même pas partager sur le blog. Mais j’ai quand même senti une responsabilité de partager ce lieu si beau. Alors, si vous allez là-bas, montrez de la gratitude et du respect à cette magnifique région.


TIPS:

-La carte du parc de Trail Ventures pour la navigation est indispensable.

-Comme nous l'avons découvert au 4e jour, sur la carte, les “moutaineering routes” (qui ressemblent à de véritables sentiers sur la carte) peuvent être extrêmement difficiles et ne sont pas vraiment des sentiers.

-L’application Trail Forks nous a vraiment aidés, en complément de la carte (fonctionne comme un GPS et nous a permis de nous positionner par rapport à la carte).

-Le sentier est peu visible une fois sorti de la forêt. Il faut essayer de trouver des traces de pas, suivre des cairns, mais les parties rocailleuses étant souvent en mouvement, il faut toujours se repérer avec la carte.

-Faune: beaucoup de marmottes, quelques chèvres de montagne au loin, beaucoup de traces de grizzlys, mais nous n’en avons pas croisé. Avoir obligatoirement une box anti-ours pour la nourriture, certains campements n’ayant pas d’arbres pour suspendre la nourriture (Deer Pass, Mont Sheba).

-Dans la plupart des campements le long de notre parcours, il n'y avait absolument aucune installation. Pas de toilettes, pas de boites anti-ours. Il est donc essentiel d'adopter de bonnes pratiques de "Leave No Trace" pour que cette région reste intacte.

-Le réseau de sentiers est incroyable et était en très bon état.



Les photos d’Alexis MalinLes photos d’Alexis Adrian